Nouvelle aventure dans le merveilleux monde de l'emploi

Cambie et Broadway, Vancouver
Je travaille donc désormais à ce Whole foods Market qui est un supermarché bio-équitable de détail hors de l'ordinaire. C'est d'une complexité extraordinaire. Il n'y pas grand'chose d'équivalent. Je commence un peu à comprendre toute la dynamique qui fait que ça fonctionne! C'est inouï.
Je m'occupe de la propreté du magasin. Tout le monde contribue à cela en fait mais c'est mon mandat précis. Je marche des kilomètres quotidiennement et l'oubli de matériel pour remplir mon mandat m'oblige à parcourir des distances de fou. Il faut que j'apprenne à gérer cela afin de m'éviter des kilomètres pour un bout de chiffon.
Je suis toujours étonné de la clientèle qui me salue et me sourie, surtout les femmes! Il n'est pas évident d'avoir des rapports rapprochés avec les autres membres du personnel mais en général je dois dire que c'est convenable. Je fais mon boulot discrètement et j'aime bien les gens qui m'abordent avec leurs questions très précises. "Je cherche du yogourt de mouton". Alors je m'enquiers sur la chose. Pas du yogourt de chèvre. De mouton. Eh bien, il n'y en a pas pour le moment. Téléphonez pour savoir s'il est arrivé la prochaine fois. Des cerises sèches salées? Euh bien nous allons demander à lui qui sait peut être. Toute la journée les questions du genre fusent à me rendre patois. L'inventaire de ce magasin est invraisemblable. Sûrement 500 types de fromage sont offerts, tous bio. Des truffes au chocolat? Ah oui, suivez-moi! Ça je sais! "J'étais sûr d'être tombé sur la bonne personne pour le renseignement". Merci Madame!

Comptoir d'olives
J'hallucine. Les belles femmes qui viennent là... Juste une jeune snob qui m'a envoyé promener parce que je n'étais pas assez vite pour elle, le type comme celle de 22 ans, fille du magnat du pétrole russe qui vient de s'acheter un pied-à-terre à New York pour la modique somme de 88 millions $, le prix le plus élevé jamais payé pour un condo à New York. Pendant ce temps, la rouille des puits des pétrole russe fait en sorte qu'un demi-million de tonnes de pétrole de Sibérie se retrouve dans l'océan arctique. Magnifique la richesse irresponsable.
Le rythme de travail est infernale. Vues les dimensions du lieux il faut que j'apprenne à gérer mes pas et mes fournitures car la moindre erreur signifie près de 300 mètres de marche aller-retour. Dans une journée ce sont les kilomètres qui s'empilent à s'occuper de la propreté du lieu, sans compter les incidents constants ou je dois intervenir en dehors de ma ronde. Il n'y aura finalement pas de carrière pour moi dans ce lieu car cette gestion verticale au-delà des wishful thinking est une autre forme moderne de l'esclavage.
Repas à 900 dollars

Hier soir après le boulot je suis aller rejoindre une bonne partie des employés du resto où je travaille toujours les week ends. Rendez-vous avait été donné à un restaurant japonais à côté de chez moi. La réunion fut chouette et conviviale à souhait, seulement pour se retrouver avec une sacrée facture de 900 dollars à la fin du repas pour dix personnes. Non seulement moi mais la plupart de ceux et celles qui étaient là en ont été quitte pour un malaise post-ingurgitation des victuailles. A deux millions de dollars la maison seule dans le quartier et des coûts d'appartements astronomiques il va sans dire que personne autour de la table n'a l'espace pour organiser une rencontre chez soi, ce qui aurait été plus convenable que de se payer une telle facture. Ça c'est la belle réalité de Vancouver aujourd'hui. Cela fait en bout de ligne que l'envie de vivre ici en ce qui me concerne si elle n'est pas accompagnée des moyens financiers et d'un cercle d'amis ne vaut pas son pesant d'or. C'est vivre en vase clos dans un univers inaccessible.

Repas à l'extérieur avant le service vers 16h30 le 23 décembre
Les nouveaux visages du taylorisme

Quand je suis entré chez moi hier soir, il y avait cette image lié à une publicité d'une agence de personnel privée qui s'appelle HeadCount. L'expression est utilisée en anglais plutôt pour parler du comptage des bovins et autres animaux et aussi des foules pour en déterminer le nombre. Alors, choisir d'appeler son entreprise ainsi est sans équivoque: nous sommes du bétail, de la chair à canon pour les entreprises. Les usines ne pissent plus l'huile ou ne sont plus de bruits infernaux mais sont maintenant propres et ordonnées avec tout le monde devant son ordi à performer des jobs peu intéressantes à des salaires souvent minables. Cela fait en bout de ligne des gens qui contribuent a faire du stress psychologique et autres bidules du genre les premières causes de maladies professionnnelles.


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