1 janvier 2012

Rain City, mais pas tant que ça


Bottes de pluie pour femmes. Les modèles abondent et les jeunes femmes les portent fièrement dans une ville qui peut te détruire un paire de chaussures chics en une semaine.
L'urbanisme de Vancouver me convient bien même si comme partout ailleurs, il y a beaucoup trop de voitures! Au moins la ville n'a pas été détruite par les autoroutes insensées, comme c'est le cas de Québec ou d'autres villes, telle Seattle avec cette autoroute impossible qui coupe la ville en deux en son centre.
À Vancouver en faisant un minimum d'effort, soit le regard croise les montagnes, soit croise la mer. Le seul fait de se promener en simple basket à ce temps-ci de l'année est vraiment chouette. Je ne sais pas ce qui m'attend en cette nouvelle année 2012, chiffrée grégorienne, mais un mec m'a dit dans la rue l'autre soir "Happy New Year and I wish you a girlfriend this year!", ce qui est gentil et sympa.
Malgré l'absurdité du marché de l'immobilier, il y a ici un rapport entre les gens que je n'ai jamais eu au Québec où la méfiance est telle que personne ne se regarde ou se parle dans les rues. Ici, fort souvent et spontanément c'est "bonjour" qui peut être suivi d'une petite conversation, ce qui rend l'existence plus agréable que des gens qui se détournent le visage à votre approche comme à Québec. Bon cela existe tout de même avec la jeune génération et c'est peut-être un rapport d'arrogance à l'autre, une espèce de suffisance.
A tout le moins, et depuis un bon moment, les jeunes qui me connaissent ou ont appris à me connaître ont souvent des rapports très chaleureux avec moi et moi avec eux. Donc c'est vraiment un état générationnelle de méfiance, sans doute basé sur l'éducation: "Ne parle pas aux étrangers" que leurs parents leur ont inculqués, ma génération.

Il y a aussi ici une espèce de cloisonnement ethnique et féminin. Les jeunes femmes asiatiques sont peu enclines à regarder l'autre, encore moins de prendre les devants pour entrer en contact. Encore là, l'éducation doit jouer un rôle, avec une certaine sévérité de ce côté.
Au marché où je travaille où nous sommes plusieurs dizaines, j'établis de bons rapports amicaux avec certains et certaines alors que d'autres semblent me fuir comme la peste, voire sont condescendants. Je trouve ça bien ordinaire. Peu me chaut dans ces cas-là car je traite tout le monde de la même manière. C'est leur problème.
Alors ce quidam qui me souhaite une "girlfriend" tombe à point car il n'est pas évident d'établir un type de rapport concret de ce côté jusqu'à présent ici. Ce sont les clientes qui me sourient abondamment que j'aime bien. Ça me rassure :-) Et quand elles me demandent des trucs je me dévoue à leur obtenir des réponses concrètes. Face aux milliers d'items sur les étagères, je suis bien content de pouvoir enfin répondre de façon autonome à leurs demandes. Mais il me reste beaucoup de choses à connaître et à savoir repérer rapidement.
Pour certains aspects donc, je suis très content d'être ici, de me retrouver dans ce quartier de Kitsilano que j'ai tant arpenté à la fin des années 70 et début 80, de marcher le long du chemin de fer, comme je faisais à Montréal durant les presque vingt années que j'étais là-bas. Il y a ce côté magique à se retrouver ici à 33 ans d'intervalles. C'est une drôle de sensation.
Et l'hiver entre 5 et 11°C, même sous la pluie est enivrant, à se promener en simple running, comme cette nuit où il fait 8°, 10 à San Francisco et à Paris; -16° à Québec.

À moins d'un revirement majeur, je quitterai au plus tard à la fin juin, histoire d'avoir travaillé au moins six mois à cet emploi au supermarché bio.
En ce mercredi j'ai vécu un paquet de petits happenings très chouettes où j'ai aidé des gens, soit des clients, soit des membres d'équipe (Team Member, comme on est appelé par Whole Foods Market. J'ai eu un échange avec une femme dans les 70 ans qui avaient besoin d'aide pour placer ses livres dans son sac d'épicerie. Alors j'ai consacré quelques minutes à la tâches et ça m'a valu la dédicace d'un de ses livres et des compliments sur ma gentillesse. Puis il y a eu ce couple avec deux enfants qui font leur emplettes là une fois par mois pour 500$ J'ai été emballeur de leurs victuailles et je les ai aidé à s'attabler au café pour qu'ils puissent relaxer un peu et ils ont vraiment été contents de mon effort. Et il y a cette femme avec sa fille de 4 ans qui s'est percutée le derrière de la tête sur le plancher de béton alors que sa mère avait aussi à s'occuper de son autre fille d'à peine quelques mois. Une autre membre est allée chercher de la glace et je me suis improvisé infirmier pour les aider à rendre leur séjour le plus heureux possible en réussissant à mettre un sac de glace à la nuque de la fillette et en l'asseyant sur deux chaises pour son confort, sous le regard de la mère qui me remerciait d'être attentif à ce qui arrivait. Je ne parle pas de tous les autres que j'ai guidé vers les articles qu'ils/elles recherchaient. C'est vraiment chouette que tout cela. Je pense que je vais être très apprécié de par mon humanité. Je pense qu'il est important que les gens se sentent bien dans ce lieu et je fais le maximum que je peux pour rendre leur séjour dans ce supermarché unique quelque chose de très agréable dans leur journée. Les membre de l'équipe voient aussi comment je me dévoue à la cause et je pense que je gagne des points.
Je suis estomaqué par le nombre hallucinant de belles femmes qui soit travaillent où fréquentent cet endroit. C'est totalement délicieux et chavirant. Les gars aussi sont jusqu'à un certain point sympathiques mais... pas toujours autant que les femmes. Je ne fais pas exprès. Certaines ne me regardent pas du tout (surtout parmi les employées) et on dirait me fuit. Il y a des questions culturelles et autres que je ne me fatiguerai pas à élucider.
Pourtant mercredi soir alors que je faisais le ménage de la salle de repos des employé·e·s est apparue cette jeune femme qui se désignait comme la représentante de la pâtisserie qui cette semaine avait à charge de collaborer avec moi à ce nettoyage. Julia et moi avons rapidement sympathisé malgré notre écart d'âge plus grand que son âge. Derechef hier soir où nous avons poursuivi la conversation entamée la veille. C'est vraiment la première fois où j'échange sur ce ton avec quelqu'une du staff dans le supermarché. Elle m'a gentiment offert un gros biscuit au beurre d'arachides et chocolat à la fin de mon quart de travail, pour me dire sans doute à son tour qu'elle avait appréciée notre court échange où je l'avais taquinée gentiment.
Bref malgré les longues heures sans pauses dignes de ce nom, d'autres aspects font office de compensation pour le moment. Ce soir j'ai encore une fois salué une jeune femme qui travaille chez le compétiteur mais qui était encore là à cette succursale de Whole Foods de mon quartier. Finalement j'ai décidé d'entrer et de lui demander "Pourquoi tu ne travailles pas ici au lieu de Safeway? Elle m'a dit tout de go que les conditions de travail y étaient meilleures mais qu'elle aimait bien venir manger là?, c'est-à-dire chez Whole Foods qui offre un buffet végé fort intéressant. Nous nous sommes finalement présenté après 4 mois à se dévisager.
Cet après-midi je croise un gars sur la rue qui porte un casque de vélo, un peu boche, comme les Allemand en portait sur leurs motos durant la Seconde guerre mondiale. Je lui ai demandé où il se l'était procuré. Au bout d'un moment d'échange il me l'a vendu 10 $, ce qui est une aubaine car je sais que ce genre de casque coûte cher. Et comme ici le port du casque est obligatoire et que depuis 4 mois que j'y suis, je n'ai pas eu vraiment ni à m'informer ni à m'inquiéter de cela, eh bien cette acquisition tombe bien. Un flic m'a demandé de descendre de mon vélo il y a deux semaines, alors qu'un accident impliquant un vélo venait d'avoir lieu ce soir-là. J'ai acquiescé à la demande et malgré cela le flic s'est cru bon de me dire que c'était ça où j'avais une amende de 300 dollars: mon feu de position avant était resté chez moi et je n'avais pas de casque (obligatoire en BC). Alors pour 10 $ j'ai eu le casque. Et voilà le problème réglé au coin de la rue.

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